Lydia Pavot

 

 

 


L'atelier de l'artiste et le visiteur

  

J'eus ce beau privilège et vrai ce n'est pas triste,
De me trouver un soir sous le toit d'une artiste,
Où de là je voyais bien des mots sans pitié
Au for de ses ambages, biffés et rejetés
Pour parfaire une phrase encore inachevée,
Qui tournait au naufrage quand tout semblait gagné.

 Combien de temps encore, empreinte de sagesse
Dût-elle sur-le-champ renvoyer la paresse,
- Cette divinité qui n'a guère le don
De nous dynamiser pour d'autres horizons, -
Au profit de l'effort et quelques vers en somme ?
Voilà les sentiments qui s'en mêlent soudain,
N'ayant d'autres atouts pour forcer le destin :
L'amour fait son chemin sans crainte qu'on l'assomme.

J'étais dans l'atelier d'une artiste superbe
Et je me tenais là, dans le souci de voir,
Curiosité oblige, se dévoiler le verbe
Enchanteur, expressif, de l'Être ou de l'Avoir.
Je la vis évoluer sans tomber dans le piège,
Au fil de quelques verbes timides qui ont peur,
Courir sur le clavier au rythme d'un arpège
Et puis se mettre à rire de ses propres erreurs.

Combien était facile et même peu ardue,
La voie rendue docile, avec humour en plus,
Car ce chemin ouvert aux noblesses du mot
Était tout, sauf austère aux rires d'à propos.
Je voyais notre auteure s'amuser d'elle-même
Sur une piètre rime échouée bizarrement,
Plutôt que de sombrer aux tréfonds du dilemme
Entre une lettre en moins, ou son équivalent.

- Est-ce ainsi sans complexe que naissent vos quatrains,
Vos tercets, vos distiques, tous vos alexandrins ?
En moquerie de vous pour ces vers incertains
Qui seraient nés peut-être plus tard, au matin ?
- Il faut bien rire un peu rétorque- t- elle alors,
Sinon à quoi servent l'humour et la gaieté ?
Le jeu ne vaudrait rien si toutefois encore
Il n'était pas permis de bien s'en amuser !

 Surpris, déconcerté, je la quittais dans l'heure,
Non sans une certaine admiration au cœur.
 

 

©Lydia Pavot

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