Le faquin  

 

Ce, n'était qu'un faquin aux salaces propos
Qui ne lisait Baudelaire, ni Marivaux.
La mine bien austère, le port de tête haut,
Il offrait ses chimères à quelques étourneaux.
Avançant dans la ville à grands pas sous la pluie,
De sa démarche hostile et le cœur à l'oubli,
Il souffrait en silence sans que nul ne le sût,
De sa propre nuisance, si propre tant le fut...

Or il advint qu'un jour, peut-être même un soir,
À l'heure où le temps court, quand le ciel devient noir,
Que ne sachant plus guère où le guidaient ses pas,
Il trébuchât : à  terre alors se retrouva.
L'œil morne, le teint pâle et la mine blasée,
(lasse de ses excès.)
Sur le sol, blessé, se vit crever l'abcès.
Lors sa mesquinerie, sur l'asphalte meurtrie,
Concentrée, purulente, volatile, odorante,
S'épandit par ses chausses larmoyantes, pendantes,
Le couvrant de honte sous les yeux des badauds
Et le rendant servile au regard de l'agneau !

Il est une vengeance, bien pis que de raison,
Qui taraude et offense tout être qui est con ;
Enfermant dans sa toile, celui qui l'a tissée,
Et déchirant le voile de la duplicité.
Elle ne porte pas plus robe qu'apparats
Mais se vêt de dimanche et fourbe, sonne le glas
Puis se tapit à l'ombre, dans un tiroir du temps,
Dans l’attente de voir l'heure épiée patiemment,
Célébrer l'Angélus pour servir le repas,
Car ce plat là Madame, est un vrai mets de choix.

Hors-d'œuvre copieux, menu de consistance,
Dessert délicieux au fumet de " fringance,"
Ce repas majestueux des pauvres et des rois,
Sous la voûte des cieux, se mange chaud ou froid...

 

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Lydia Pavot

Extrait du recueil Teintes Multiples.

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